La Creuse au gré du pinceau

Marjorie Méa, Bernard Signamarcheix et Jean-Marie Laberthonnière. Autant d’inspirations et de styles convergeant vers une même passion : la peinture. Sans parler le même langage, ils puisent leur inspiration dans la Creuse. Portraits.

Marjorie Méa, comprendre le territoire pour mieux le déconstruire

Voilà six ans que Marjorie Méa est arrivée en Creuse. Son « point de chute », celui où elle se « sent enfin bien », assure-t-elle. Peintre, dessinatrice, la femme tend une oreille à son territoire et fait vivre sa mémoire à travers différents objets ou « lieux prétextes ».

« La Creuse, c’est peut-être l’endroit où il y a le meilleur équilibre entre le sauvage et l’humain. »

Marjorie Méa, artiste résidant à Dun-le-Palestel.

L’artiste doit se dresser sur la pointe des pieds pour enrichir l’oeuvre placardée au mur de son atelier. Finie, pas finie cette représentation du confluent de la Creuse ? « Je pense qu’elle est finie… », souffle-t-elle, laissant la fin de sa phrase planer comme si rien n’était moins sûr.

Il y a encore deux ans, avant d’ouvrir son café associatif avec une amie artiste, à Dun-le-Palestel, Marjorie Méa habitait en plein cœur de la forêt. Un laboratoire à émotions, à couleurs. Un milieu sauvage où elle puisait son inspiration à l’état brut.

Marjorie Méa est revenue vers la ville. Photo : Jéraud Mouchet

L’artiste est tout sauf conventionnelle. Quand elle dessine, elle aime prendre un objet ou « un lieu prétexte », avant de le déconstruire. Toujours en respectant les dimensions cadastrales, les distances à la manière d’un géographe. Mais un géographe qui aurait compris que les enclos n’arrêtent rien, ni l’air ni l’eau. Entre deux coups de crayon, elle prend le temps de noter des phrases que lui murmure sa tête. Des « fragments de rêves », dit-elle, qui complètent son oeuvre, l’habitent et l’aident à mieux comprendre.

Jean-Marie Laberthonnière, rigueur et destin inachevé

Technique, précision, rigueur. Voilà ce qui transpire des murs de l’atelier de Jean-Marie Laberthonnière. L’homme met longtemps à laisser ses émotions s’exprimer. Il préfère les laisser couler le long de son pinceau.

Licence de dessin passée à Paris dans les années 1970, la vie de Jean-Marie Laberthonnière est à l’image de ses peintures, longue, stricte, rigoureuse.
« Pas un trait de travers. » Reste simplement ce goût d’inachevé, cette carrière de professeur de dessin qu’il n’a pas pu assouvir et qui l’a peut-être poussé à se jeter à corps perdu dans cette vocation picturale, monacale.

Seule manipulation de la réalité, Jean-Marie se permet d’anticiper un potentiel futur où l’homme prédateur aura tout foutu en l’air. Photo : Vianney Loriquet

« À 8 heures, il était devant sa peinture, à 21 heures, quand je rentrais, il était encore devant. Si ça ne lui plaisait pas, il recommençait tout de zéro. » La femme de Jean-Marie décrit-là près de 40 ans de carrière vouée à la peinture et aux paysages creusois.

Des années de peinture sur un même bureau. Photo : Jéraud Mouchet

Pourtant, on sent que l’homme s’apaise dans la recherche de la couleur, de la tranquillité. Une petite cascade au milieu de gros rochers, que le peintre situe en aval de l’usine électrique qui approvisionnait Bourganeuf : « Ça c’est la Creuse, insiste-t-il en accompagnant sa parole du geste. Là, il n’y a personne qui viendra vous emmerder. »

Jean-Marie Laberthonnière. Photo : Jéraud Mouchet

Un tableau, majestueux et titanesque représentant la forteresse de Crozant au milieu des gorges de la Creuse, c’est un mois de travail. Voire beaucoup plus. Des croquis, pris sur place, parfois une photo. Des couleurs, de la technique affinée par des années de pratique pour transmettre une brise dans la cime des arbres ou la texture des feuilles et des mousses. Et la Creuse, terrain d’expression « et de souvenir ». « Je veux que les gens, quand ils regardent mes peintures, voient ce qu’est notre territoire, ce que nous perdons, ces barrières qui disparaissent, cette nature que l’homme détruit. »

Bernard Signamarcheix, un cadre de vie inspirant

Une vareuse sur les épaules, des lunettes de soleil accrochées au creux de son col. L’air décomplexé, Bernard Signamarcheix est le contre-exemple de celui dont l’habit ne fait pas le moine, tant celui d’artiste lui colle à la peau.

Bernard Signamarcheix. Photo : Jéraud Mouchet

Le Creusois, âgé de 57 ans, en a passé 30 à peindre dans sa maison de Montlevade. Un retour aux sources après avoir vécu entre Poitiers et Paris. Au rez-de-chaussée, la galerie d’art donne le tournis, tant les toiles sont omniprésentes, du sol au plafond, dans un désordre organisé.

« J’aime beaucoup représenter les femmes, les scènes du quotidien ou encore la religion », souligne le peintre, en pointant du doigt une toile de la Cène revisitée. Avec un faux air des Triplettes de Belleville, cette vingtaine de tableaux représente tout ce que le peintre adore dessiner. Pourtant, celui qui expose à Shanghaï en ce moment, commence à éprouver une certaine lassitude.

« J’en ai un peu marre de dessiner selon les demandes. J’ai envie de me remettre à peindre la Creuse. »

Bernard Signamarcheix.

Plus qu’un cadre de vie, le département sonne pour l’artiste comme une inspiration. D’ailleurs, il y a trois ans, une de ses expositions portait sur la Creuse.

Au sol, les traces de plus de trente ans de peinture. Photo : Jéraud Mouchet

Oubliées les grandes fresques de paysages en 195 par 114 (taille standard des toiles habillant un mur). L’artiste se concentre davantage sur des détails, croisés au grès de ballades et de rencontres dans les cafés creusois. « J’aime beaucoup travailler à partir des feuilles, avoue-t-il. Je me concentre plus sur le détail, le relief qui va rester sur ma toile. Je me souviens des positions et je garde celles-ci comme un souvenir. »

A l’étage, les Madonnes se suivent et ne se ressemblent pas. Photo : Jéraud Mouchet
Textes et photos par Jéraud Mouchet et Vianney Loriquet
Textes et photos par Jéraud Mouchet et Vianney Loriquet

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