Macdo, une hégémonie jusque dans le « trou du cul du monde »

Inauguré en décembre 2016 en bordure de la voie rapide RN 145, le « MacDo » de La Souterraine est la seconde enseigne du géant américain présente en Creuse. Si le « roi du hamburger » pallie, en partie, le faible nombre de restaurants en milieu rural, il compte toujours des détracteurs. Même parmi ses clients.

Un lundi soir, férié, en Creuse. Les restaurants de La Souterraine affichent portes closes. A quelques kilomètres du centre-ville, en bord de route nationale, le parking d’une enseigne de restauration affiche complet : le MacDo.

« Je suis désolée, Monsieur, mais il y a environ une heure d’attente pour le service. » Bien malgré elle, une serveuse du restaurant informe un client pressé du délai estimé pour obtenir sa commande. « Blindé », le fast-food est devenu exceptionnellement « normal food » en ce lundi de Pentecôte.

Si elle n’est pas prisée pour ses qualités nutritives et gastronomiques, l’enseigne américaine attire toujours. L’expression « on va au MacDo » n’est-elle pas devenue une assertion commune ? Une habitude de consommation bien ancrée, y compris dans les zones où les champs n’ont pas complètement été éclipsés par le béton.

« Il y avait un réel besoin sur la RN 145 »

Des jeunes dégustant un « McDo » entre amis.

« Ça participe au développement économique de la Creuse, estime Lorena Benedettini, propriétaire des McDonald’s d’Ussel (Corrèze), Guéret et La Souterraine. Ce n’est pas que pour les jeunes, on a aussi des familles, des personnes âgées… Il y avait un réel besoin sur la RN 145. » Certains clients de passage semblent en effet ravis de croiser le célèbre M jaune sur leur trajet. « On a beaucoup de route à faire, on a besoin de manger un bout. Mais on ne va pas y aller tous les jours non plus ! », lâche l’un d’entre eux. D’autres, en revanche, ont tout de même à redire. Un père de famille de passage, originaire de Limoges, ne le cache pas : « MacDo, ça me dérange, peu importe que ce soit pour faire du burger ou autre mais, quitte à être une chaîne, j’aurais préféré une entreprise locale. »

Parmi les restaurateurs de la ville de l’ouest creusois, le roi américain du hamburger n’a pas que des aficionados. « On ne se fait pas de concurrence, parce qu’on n’attire pas la même clientèle, indique Hervé, gérant de la Brasserie du marché. Ce qui me dérange, c’est plutôt l’image que dégage MacDo. » Une image qui mêle « malbouffe, impact écologique et hégémonie de la culture américaine », selon le restaurateur.

« MacDo » des villes, « MacDo » des champs

Le McDonald’s de La Souterraine (Creuse), un soir de juin

Même son de cloche du côté de Sylvia, employée du restaurant À la Porte Saint-Jean, qui estime que le centre-ville ne profite en rien de la présence du fast-food. « Ça crée de l’emploi mais ça n’est pas un MacDo qui va attirer les touristes. » Et la jeune serveuse d’ajouter : « Après, il faut balayer devant sa porte. À La Souterraine, c’est impossible de trouver un resto ouvert après 14 heures ou tard le soir. Sauf le McDo. »

Il est dix heures passées ce dimanche soir lorsque Bertrand, assistant de vie, aide sa mère de 85 ans à s’asseoir dans une petite citadine, sur le parking à moitié vide du restaurant US. Affublés de la même casquette blanche, ils viennent de craquer pour une glace. « On voulait se faire plaisir », avoue Bertrand. Consommant le dessert tant convoité sur le siège passager de la voiture, sa mère, sourire aux lèvres, semble du même avis. « Généralement on va au chinois à côté de la gare, au moins une fois par semaine, poursuit le fils. Mais ça nous arrive aussi d’aller à Guéret ou à Saint-Germain-Beaupré. Faut diversifier ! »

Trois jeunes hommes originaires de Grenoble ressortent moins joyeux du « MacDo », qui s’apprête à fermer. « Une demi-heure avant la fermeture, ils ont déjà éteint les écrans. Ce n’est pas très commerçant je trouve, peste l’un d’eux. Et puis 22 h 30 comme heure de fermeture, ça fait tôt. En même temps, on vient de la ville : on est habitués à des fermetures plus tardives. » Ou quand le « McDo » des champs échoue à satisfaire pleinement l’amateur de « McDo » des villes.

Au-delà de ces divergences entre les attentes des consommateurs, la présence de l’enseigne américaine marque l’hégémonie du géant jusque dans la plus profonde campagne française. Il est en tout cas la seule porte ouverte à la consommation tardive.

Sid Benhamed
Sid Benhamed
Daniel Lauret
Daniel Lauret

Journaliste team @entendeznous, formé par @esjpro, passé par @lejdc_fr, @lamontagne_fr, et @sudouest. @om_officiel dans le sang.


Cet article a été initialement publié sur le blog de l’ESJ Pro Montpellier.

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