Quand il n’y a rien en campagne, le monde collaboratif devient tout

Depuis 2015, un Tiers-Lieu a émergé à Guéret. Ce service public permet de répondre aux besoins du territoire. Formation au numérique, lieu de rencontre, Fablab, coworking, ce bâtiment de quelque 300 m² a su s’adapter aux manques de son territoire pour devenir un exemple d’espace collaboratif.

L’avantage quand il n’y a rien sur un territoire, c’est que tout est à faire. De ce constat, la Quincaillerie Numérique est devenue le point névralgique des rencontres en Creuse. Voire l’exemple à suivre en terme d’économie collaborative dans le monde rural.

“La Quincaille”, de son surnom, figure à la longue et vaste liste des Tiers-Lieux. Un espace collaboratif à disposition de tous, proposant toutes sortes de services, machines ou ateliers. Les facettes de ce premier et seul Tiers-Lieu guéretois, porté par la communauté d’agglomération du Grand Guéret, se sont donc naturellement dessinées selon les besoins de la Creuse.

Le numérique comme priorité

“Même si on ne le veut pas, on est tous touché par le numérique. Il y a autant de jeunes que de seniors qui viennent se former.”

Baptiste Ridoux, co-fondateur et employé de la Quincaillerie Numérique

Un Tiers-Lieu ? Plusieurs espaces regroupés en un seul

L’ouverture au grand public est l’un des moteurs de ce Tiers-Lieu. Bar en palettes, canapé, tout est fait pour se sentir chez soi : « Tout le monde peut franchir la porte. Un SDF pour boire un café ou un jeune pour profiter du Wifi. C’est un lieu de vie », s’enthousiasme Baptiste Ridoux.

Si le mot “Tiers-Lieu” peut effrayer, pour le visualiser, il faut imaginer plusieurs espaces regroupés en un. Ici, tout est minutieusement réfléchi. Quelque pas à gauche, après avoir franchi la porte d’entrée : bienvenue au Fablab, ambiance atelier. « Nous possédons trois imprimante 3D, une découpeuse laser et une brodeuse numérique », énumère Fanny, en service civique depuis dix mois. Légèrement à droite, place à la radio avec les studios de Radio Pays de Guéret. Au bout du bâtiment, un espace de détente, un bar en palettes et des bureaux. Pour terminer la visite, un espace de coworking, collé à une rangée d’ordinateurs au-dessus d’une frise de dessins. Fin de la visite. Retour à l’accueil.

L’hyper-proximité comme force

Qui occupe les murs ? « Des particuliers, des entreprises et des associations », énonce Eric Durand, co-fondateur des lieux. « Nous sommes aussi le siège social d’une dizaine d’associations et des entreprises viennent travailler ici en louant l’espace », ajoute Baptiste Ridoux.

Avant la « Quincaille », il n’y avait rien pour unir tous les acteurs de la ville. Maintenant c’est le point central.

Baptiste Ridoux, co-fondateur et employé de la Quincaillerie Numérique

La Quincaillerie numérique profite d’autant d’acteurs fédérés en un lieu pour mettre en place plusieurs projets collectifs. « On organise des événements pour dynamiser le centre-ville et lutter contre la désertification, explique Baptiste Ridoux. On a les contacts et les compétences pour le faire ici, c’est la force des zones rurales : l’hyper-proximité. Il faut juste quelqu’un pour faire la connexion. C’est nous. »

Au-delà des frontières creusoises pour parler
de leur fonctionnement

« Tous ces arguments ont permis à ce Tiers-Lieu de devenir un critère d’attractivité pour le territoire. Une personne hésitait à s’installer dans la périphérie de Clermont-Ferrand ou ici. Comme il y a la Quincaillerie, elle a décidé de poser définitivement ses valises chez nous. »

Aujourd’hui, la Quincaillerie est devenue le repère des habitants. « Des personnes viennent même nous voir quand ils cherchent une garderie », plaisante Baptiste Ridoux.

Mais l’image va bien au-delà des frontières creusoises. La Quincaillerie Numérique a fait un modèle de cette réponse aux problématiques de son territoire. « Aujourd’hui, on est invité à Bordeaux ou encore à Paris pour parler de notre Tiers-Lieu. Avoir un service public qui propose toutes ses réponses dans un territoire comme la Creuse c’est rare et encourageant. »

La genèse de la Quincaillerie

  • l’Agglomération du Grand-Guéret, annonce son soutien à l’émergence d’un Tiers-Lieu.
  • 2014 : Création de l’association 23D, qui incube un projet de lieu centralisateur des pratiques numériques, comprenant une dizaine de membres.
  • Février 2015 : L’association propose au conseil communautaire le dossier de ce projet. Le projet est validé.
  • Mars 2015 : Ouverture de la Quincaillerie Numérique avec une phase d’expérimentation de dix mois, comprenant déjà tous les modules dont le Fablab, le coworking, Radio Pays de Guéret ou encore les formations numériques.
  • Octobre 2019 : La Quincaillerie Numérique devrait déménager dans un espace de 1.000 m².
Marjorie Ansion
Marjorie Ansion

Journaliste @lamontagne_fr /ex @libe
@EntendezNous / bénévole @programvulca
@fablabmoulins @bougetoimoulins / économie collaborative au rap

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