Éducation en zone rurale : la lutte des classes

L’unique école de Boussac-Bourg, en Creuse, va fermer ses portes au 5 juillet. En cause, l’affaiblissement du nombre d’élèves et le poids du budget. Elle vit son dernier mois d’existence, avant de laisser place à une école alternative privée, à la rentrée prochaine.

Dans la petite cour de l’école Boussac-Bourg, les rires des enfants ne retentiront plus aux heures de récréation. L’école communale à classe unique va fermer le 5 juillet sur recommandation de l’inspection académique et d’un vote, non-unanime, des élus locaux. Une première classe avait déjà fermé en 2017.

Les dix-sept élèves de cours préparatoire de Boussac-Bourg seront transférés dans les communes voisines, Boussac (maternelle et cours élémentaire) et Saint-Silvain-Bas-le-Roc (cours moyen). Elles font partie, avec quatre autres communes creusoises, du Syndicat intercommunal d’aménagement et de gestion (Siag) du bassin scolaire de Boussac depuis 1992. Quatre communes avaient accepté de fermer leur école pour centraliser les élèves sur trois sites.

La réalité différente en ruralité

Le bureau du maire sans étiquette, Hervé Grimaud, donne sur la cours de récréation. Natif de Creuse, il a effectué sa scolarité à Boussac-Bourg. Pour le maire et sa commune de 750 habitants, c’est un pincement au coeur.

L’école de Boussac-Bourg en Creuse va fermer le 5 juillet, malgré la mobilisation du maire.

C’est un moment difficile pour la commune de voir fermer ses commerces, son école. C’était un lieu de vie pour notre village. On sait qu’on ne reviendra pas en arrière.

Hervé Grimaud, maire de Boussac-Bourg

J’ai un peu du mal à accepter que des maires décident pour moi de mon avenir professionnel et non l’inspection académique.

Stéphane Meurlier, directeur de l’école et instituteur

60% d’élèves en moins en 28 ans

Il y a 27 ans, le bassin scolaire comptait 355 élèves répartis en seize classes. Aujourd’hui, ils sont seulement 165 sur neuf classes. Ces dix dernières années, sept classes ont fermé, faute à la démographie en baisse et au manque de budget. En 28 ans, le bassin scolaire a perdu 215 élèves soit 60% de ses effectifs. Des chiffres fournis par Annie Annequin, présidente du Siag et élue de Boussac.

À la rentrée 2019, les prévisions de l’Inspection académique s’élèvent à 140 têtes pour huit classes soit une moyenne de 17,5 élèves par enseignant, pour un maximum de 24 par classe annoncé par le Président.

Pour réduire les coûts et améliorer l’efficacité pédagogique, celle-ci préconisait ainsi, en 2018, la réorganisation du bassin scolaire. Le Siag a « logiquement » ciblé la fermeture du site de Boussac-Bourg. Mais cette organisation intercommunale particulière a nécessité de longs mois de réflexion entre les municipalités. Si Hervé Grimaud, le maire de Boussac-Bourg, s’y est opposé, la majorité des sept autres maires ont voté pour.

En tant qu’élu, on se doit de respecter un équilibre budgétaire. Et l’éclatement des sites coûtait trop cher aux communes et aux administrés. On sait que l’école est un lieu de vie et on préfèrerait ouvrir des classes plutôt que d’en fermer.

Annie Annequin, présidente du Siag

Pour autant, la présidente du Siag ne voit pas d’un mauvais oeil le phénomène de concentration de l’école vers les villes. « À l’échelle de Boussac, ça reste humain. Nous ne sommes pas sur des effectifs de 300 élèves », ajoute-t-elle.

Pour 2020, l’inspection académique prévoit de nouveau une baisse de dix élèves. Malgré la promesse d’Emmanuel Macron que plus aucune école ne fermerait sans l’autorisation du maire de la commune concernée en avril, de la Loi Blanquer sur l’école de confiance, une fermeture de classe supplémentaire est envisagée pour la rentrée 2020 au niveau du bassin scolaire.

Le privé pour pallier le manque de service public ?

Un collectif de cinq personnes a créé l’école alternative « Graine d’enthousiasme ». Thibaut Lamy, éducateur spécialisé de formation, directeur pédagogique de l’école et enseignant, Caroline Pacheco, professeure de danse, Sophie Nicolaux, psychologue, Anne-Cécile Bisseux, psychologue et Laëtitia Lecorguille, coordinatrice pédagogique, se sont inspirés des philosophies Montessori, Freinet, etc. Si le projet a mûri dans leurs têtes pendant trois ans, il s’est concrétisé à l’annonce de la fermeture de l’école de Boussac-Bourg. Le prix s’élèvera en moyenne à 160 euros par mois et par élève pour les familles.

Nous proposerons une pédagogie beaucoup plus centrée sur l’enfant et ses besoins, qui s’adapte à chaque élève. Ils apprennent mieux quand c’est de manière volontaire et non sous la contrainte.

Thibaut Lamy, directeur pédagogique de Graine d’enthousiasme.
L’école alternative graine d’enthousiasme va ouvrir à la rentrée 2019. Photo DR

À l’image du film La lutte des classes de Michel Leclerc, avec Leila Bekthi et Edouard Baer, le maire de Boussac-Bourg, incertain quant à sa candidature aux élections municipales en 2020, se désole : « Plus on laissera de champ vide, plus le privé prendra la place ». Il reste ravi que de nouvelles initiatives naissent dans son village et mettra, dès septembre, les locaux fraîchement désaffectés par l’école communale, à disposition de l’école alternative. « Je préfère qu’ils servent, surtout à des enfants, plutôt qu’ils soient laissés vides », souligne Hervé Grimaud.

<strong><em>Texte : Julia Castaing</em></strong>, <strong><em>Photos, vidéo et infographie : Marjorie Ansion</em></strong>
Texte : Julia Castaing, Photos, vidéo et infographie : Marjorie Ansion

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