Les curés sont-ils devenus des VRP de la foi en zone rurale ?

Une commune, une paroisse, un curé. Feu l’époque où l’église était au centre du village. Dans les zones rurales, le catholicisme a revu son organisation. En Creuse, une paroisse englobe maintenant entre 30 et 60 communes. Ce qui oblige les curés à revoir leur méthode pour prêcher la bonne parole.

VRP. Voyageur, représentant et placier. Un sigle, trois lettres pour définir ces commerciaux toute la journée sur les routes à la rencontre de potentiels clients. Une image qu’on pense bien loin du quotidien des hommes d’Eglise, et pourtant… Ils n’ont rien à vendre mais ont une mission : faire vivre et partager la foi catholique aux quatre coins de leurs paroisses.

Désertion des fidèles et ordination en berne

La Creuse – terre rurale au centre de la France – compte quelque 250 communes et autant d’églises. « Il y a encore trente ans, une commune correspondait à une paroisse », rappelle le père Padilla, vicaire épiscopal (*) sur l’ensemble du département. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’une douzaine de prêtres à se partager le territoire, en six paroisses, dont la plus importante ne comprend pas moins de 63 communes. Un redécoupage pour « mutualiser les forces » – initié par le diocèse de Limoges dont dépend la Creuse – qui pose son fondement sur deux raisons.

  • S’il est difficile de trouver des chiffres quant aux pratiques religieuses des Français, il s’avérerait, selon des ouvrages scientifiques, que la part de fréquentation des messes dominicales a chuté de 65% en trente ans. Selon un sondage Ifop, sur les 65% de Français se déclarant catholiques, seuls 4,5% iraient à la messe.
  • En plus de cette désertion des fidèles, le taux d’ordination des prêtres a été divisé par dix entre 1950 et 1990. Des chiffres expliquant la nécessité pour l’Eglise de revoir son organisation, à laquelle les curés ont dû s’adapter afin de célébrer l’office.

Des messes délocalisées pour faire vivre la foi aux quatre coins de la paroisse

Le père Barrière fait vivre la paroisse de Sainte-Croix-des-Deux-Creuse, à l’ouest du département. Total : 17.000 habitants sur 47 communes. «  Il y a un voire deux édifices religieux par commune », explique celui qui a pris ses quartiers en septembre dernier. « Avant j’étais en Haute-Vienne, à Bellac, je me déplaçais sur 17 communes, pour le même nombre d’habitants qu’ici », précise-t-il. 

Le père Barrière lors de sa messe d’installation. Credit : Bruno Barlier

Les week-ends, les messes sont fixes. Le père Barrière officie à Gouzon et Boussac les dimanches et alterne entre Genouillat et Chénérailles le samedi. Le reste de la semaine, le religieux se transforme en véritable VRP de la foi. « Je regarde où je ne me suis pas rendu depuis longtemps et je fais mon programme du mois ». Et doit effectuer jusqu’à 70 kilomètres pour rallier certains endroits reculés de sa paroisse. Pas un problème pour celui qui, lors de son ordination, s’est engagé à faire vivre la foi aux quatre coins du territoire. 

Le père Philippe Padilla, de la paroisse de Sant-Marien-en-Combrailles, a, quant à lui, décidé de s’organiser différemment. « J’ai ciblé des foyers de vie chrétienne, que sont Evaux-les-Bains, Auzances et Mérinchal », explique-t-il. A l’inverse du père Barrière, il célèbre la majorité de ses messes dans ces trois communes, ne se « délocalisant » dans les plus petites municipalités qu’à l’occasion des fêtes patronales. « Il faut s’organiser, on ne peut pas être partout », confie-t-il. Ce qui ne l’empêche pas de faire plus de 45.000 kilomètres par an afin de célébrer. « Je me rends aussi souvent dans les Ehpad à la rencontre des gens, ajoute le curé. Je trouve que cela a du sens. » 

Médecin, commerce, religion même combat

Les deux hommes appréhendent leurs automobiles comme « des outils de transmission de la foi », ajoutant, lucides quant à la réalité de leur territoire.

« Si on comptait sur les transports en commun ici on serait mal…»

Les religieux ne sont pas les seuls à faire des kilomètres pour prendre part aux messes. De nombreux fidèles sont également soumis à cette contrainte. « Les gens sont obligés de se déplacer pour trouver un médecin, des commerces etc. C’est exactement pareil avec la foi », analyse Jean-Pierre Barrière. 

La perte de proximité en conséquence directe

Une nouvelle manière de fonctionner qui engendre un élément que déplorent les deux curés : la perte de proximité. « Quand un prêtre correspondait à une église, une commune, on connaissait tout le monde dans le village, on avait le temps de faire du lien social. C’est la problématique dans ces territoires hypers-ruralisés, on perd de la proximité », confie l’ancien haut-viennois, précisant qu’il ne prêche que « pour sa paroisse. » Un avis partagé par son supérieur épiscopal.

(*) : Un vicaire épiscopal est un prêtre désigné librement par l’évêque pour le seconder dans des domaines particuliers.

Antoine Jézéquel
Antoine Jézéquel
 

Une pensée

  1. Savons-nous reconnaître, nous paroissiens, la charge de VRP que vous, nos prêtres, devez endosser en plus de votre ministère ? Le séminaire ne vous y avait probablement pas préparés. Soyez remerciés (le mot est faible) pour votre engagement au service de nos âmes.

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