On est pas bien là ? Paisible, à la fraîche, le naturisme se décontracte en Creuse

Au cœur de la campagne limousine, un camping naturiste a établi ses quartiers depuis bientôt 39 ans. Si ce type de tourisme existe un peu partout l’Hexagone, le naturisme creusois se pare de son meilleur atout : la reconnexion à la nature.

Boussac, son église, son village, son école qui ferme. Et son camping naturiste. Des fesses, des seins et des sexes qui pendent. Avouez, c’est ce qui vient à l’esprit… « Les Français sont toujours frileux quand il s’agit d’évoquer le naturisme », confie Elisabeth Van Bercum, la maîtresse des lieux.

Pourtant, le naturisme n’a rien à voir avec le nudisme ou toute autre penchants libertins. Finalement, en arrivant au camping Creuse-Nature,  on a l’impression d’entrer dans le jardin d’Eden. L’odeur des arbres, le mouvement des feuilles, le bruit des oiseaux et les enveloppes corporelles laissées au bon vouloir des éléments. Reinier Geerlofs accueille les nouveaux arrivants dans son plus simple appareil, avant de retourner aux affaires sur son ordinateur. A son tour, Elisabeth nous salue. Elle a enfilé un paréo.

Reinier et Elisabeth Geerlofs

Le couple néerlandais a choisi la Creuse comme point de chute il y a vingt-cinq ans. Séduits par le naturisme en vacances, ils ont tout plaqué. Leur métier de fonctionnaire et leur vie à Utrecht pour racheter ce camping. « En février 1995 on l’a visité. En mai, on ouvrait pour la première saison, résume Elisabeth. Nous avons fait comme les gens vers 40 ans, quand on se lasse de son quotidien. » 

La visite peut commencer. Des adeptes locaux et des touristes venus de toute l’Europe. Créé par Jean-Marie Thomine en 1980, ce camping est le repère des adeptes du naturisme en Creuse. Une amicale regroupe même une centaine de personnes. Pierre, un Creusois de 64 ans, débarque à l’entrée du camping. Habitué des lieux, il vient quotidiennement se prélasser à la piscine ou au bord de l’étang. « À l’époque, se souvient-t-il, c’était osé de lancer un camping naturiste sur un territoire aussi rural. Il y a eu des railleries et une appréhension. Mais ce qu’on repousse avec la main, on le récupère avec le pied… »

L’ouverture du camping a eu pour effet d’attirer de nombreux touristes. Des Français, des Anglais, des Allemands, des Néerlandais. Souvent en famille.

Au fil des allées boisées sur dix-neuf hectares de nature, Elisabeth dessine les traits de la philosophie du naturisme.

Il y a un respect de soi-même, d’autrui et de la nature. Il n’y a plus de différence entre la secrétaire, le directeur et l’ouvrier. Tout le monde voit la même chose. On ne cache plus rien.

Elisabeth Van Bercum, propriétaire de Creuse-Nature

Une vingtaine de personne joue à la pétanque. Comme dans un camping classique. Sauf que là, tout le monde peut se dénuder. « Les seuls endroits où la nudité est obligatoire, c’est dans la piscine », précise Elisabeth. Pour faire face au soleil de plomb du jour, certains ont remis le t-shirt à l’occasion de la partie de boules.

Le tourisme peine à décoller en Creuse. Elisabeth espère que les gens finiront par avoir un déclic et viendront se prélasser sur ses terres d’adoption. À poil… ou pas d’ailleurs. « La Creuse est un territoire qui semble sous-estimé, regrette-t-elle. C’est très calme et très joli pourtant, avec de l’espace ! Il y a tellement de possibilités. Mais pour les Français, c’est le cul (sic.) de la France. ».

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Une volonté de tourisme vert

Si le camping accueille en temps normal une majorité de retraités, quelques jeunes actifs se laissent tenter par l’aventure naturiste. Des néo-naturistes, en quête de sérénité, de décroissance. « Mais ils ne savent pas encore que, ce qu’ils cherchent, c’est la Creuse », assure Elisabeth.

Il y a vraiment quelque chose d’apaisant dans ce petit paradis. À la fois par l’esprit de désobéissance qu’il véhicule et pour le retour aux choses simples. En repartant, alors que le thermomètre affiche 30°C, on aurait presque envie de faire tomber la chemise. Et plus encore ?

Texte de Chloé Tridera, Montage audio Sid Benahmed
Texte de Chloé Tridera, Montage audio Sid Benahmed

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