« Peace and quiet », Pourquoi les British investissent la campagne française ?

En Creuse, comme dans l’ensemble du Limousin, une large communauté anglaise s’est implantée depuis des décennies. Quelles sont les raisons de cette attirance pour la campagne française ? Entendez-nous est allé à leur rencontre.

Un doux accent so british s’envole depuis la salle principale de la bibliothèque municipale de Dun-le-Palestel, petit village creusois de 1.127 âmes. « Lorsque l’on dit la semaine dernière, il y a deux significations », « speak » Hervé à l’assemblée. En face, sept Anglais prêts à en découdre avec la langue française. Venus d’outre-manche après la retraite, ils ont choisi le verdoyant département de la Creuse pour couler des jours heureux.

Pourquoi pas la campagne anglaise ? Le countryside en Cornouialles ou dans le sud du Kent ? En cherchant leurs mots, Richard, Colin, Serena, Denise et les autres affichent la même amertume. « L’Angleterre, c’est petit. Peu importe les grands espaces, il y aura toujours du monde ! »

Un retour à la ruralité

Selon Linda, retraitée de 68 ans originaire de Leeds, à la recherche de « peace and quiet », découvrir les paysages creusois lui a fait un effet « wahou ». Installés depuis 2005, elle et son conjoint ne comptent plus quitter la région. En résumé, cette nouvelle vie est intimement liée à un retour à la sérénité, au silence, sans le stress de la circulation. La nature quoi.

Richard, Denise et Colin se familiarisent avec la langue française

Même si le m² coûte, en moyenne, 811 € en Creuse, le prix de l’immobilier n’est pas l’unique raison de leur exode urbaine. « C’en est une, avoue Martin, il faut être honnête. Mais ce n’est pas la raison principale. » Les clichés ont la vie dure… Le premier argument reste la fuite du mode de vie anglais.

Pour eux, comme pour les quelque 7.000 Anglais installés dans le Limousin, la Creuse « It’s a kind of magic ». En tout cas dans l’esprit de Mark. À 52 ans, bottes chelsea aux pieds, il a quitté Bristol pour se créer un paradis creusois.

La France les a touché dans le coeur

Cette vie, Mark l’attendait depuis… toujours. « Quand on partait en vacances en France avec mes parents, j’étais heureux, se souvient-il. Je ne me suis jamais senti vraiment chez moi en Angleterre ».  L’homme aux allures de rockeur de l’Albion a pu trouver en Creuse un territoire imprégné de vitalité et de « créativité » pour lancer son jardin de bien-être couplé à un cabinet de shiatshu. Avec sa compagne française, Aurore, rencontrée… au Royaume-Uni.

Pour Serena, tout juste retraitée, la love-story remonte à l’enfance. « J’aime la culture française. Quand je viens ici, je me sens chez moi ». Si bien que Serena a embarqué son compagnon dans l’aventure.

Qu’aiment-ils tant au pays des french fries ? Pêle-mêle : la convivialité, l’accueil, la gentillesse…. et les longs repas avec du vin. « The way of life », sourit Colin. Le conjoint de Serena ne pensait pas, au départ, venir vivre ici. Lui, commercial acharné qui ne vivait que pour son travail, se retrouve à savourer chaque instant de l’épicurisme français :

En Angleterre, les gens ne prennent pas le temps de manger. Ici, c’est différent. L’apéro, les longs débats…C’est ce que j’aime !

Colin

Cette image d’Epinal reste toutefois écorchée par… l’administration française. « Tout est compliqué ici, tout est sujet à des démarches administratives, peste Linda, les mains sur le visage. Il faut s’y retrouver entre la multitude de structures, toujours se pencher plusieurs heures pour comprendre les étapes afin d’obtenir tel ou tel papier. » Nos voisins l’appellent la red-tape. Comprendre : des règles officielles qui semblent peu nécessaires, voire chronophages.

Conserver sa nationalité

Ces Anglais ne souhaitent surtout pas se replier sur leur communauté. Pour renforcer le lien qu’ils entretiennent avec les locaux, ils ont l’embarras du choix. À commencer par l’association Entente cordiale. Au programme : cours de français, événements divers et même une bibliothèque anglophone. Pour les plus connectés, un groupe Facebook intitulé la Creuse Community. Ils sont près de 1.570 à échanger les bons plans d’une installation réussie.

Malgré tout, nombreux n’abandonnent pas leur nationalité : « Je me sens Anglaise et je suis fière de mon pays, assure Linda. Je ne demanderais jamais la nationalité française. » Effectivement, les naturalisations sont un épiphénomène. Très peu demandent en réalité la nationalité de leur terre d’accueil (voir infographie).

Et le Brexit dans tout ça ? « On ne sait rien », lâche Martin, un brin agacé. Pour lui et sa conjointe Denise, l’issue du référendum n’aurait pas eu, de toute manière, de conséquence sur leur installation dans la campagne creusoise. Il l’aurait même précipité, pour certains. « Le Brexit a exacerbé les haines, le racisme, même au sein des familles. Un environnement malsain s’est installé dans le pays depuis trois ans. J’avais encore moins envie de rester», souffle Mark, notre rockeur babacool.

« Si on avait attendu, notre projet n’aurait jamais pu aboutir, se persuade Denise. On aurait été prisonniers des décisions politiques. » Peu importe la sauce (Worcestershire, c’est mieux) à laquelle ils seront mangés : « Carry on ! »

Chloé Tridera
Chloé Tridera

journaliste formée à l’@esjpro sur les internets de @tendanceouest @lamanchelibre
@lccauchois passée par @lapressemanche
@lamontagne_fr @neon_mag @entendeznous


Cet article a été initialement publié sur le blog de l’ESJ Pro Montpellier.

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