La Creuse, terre d’expérimentation culturelle, libre de faire gang à part !

Le groupement associatif des nuits guérétoises, parmi d’autres acteurs, fait déferler sur la Creuse, depuis des années, une vague culturelle qui ne cesse d’enfler et de faire déborder son effervescence au-delà des frontières du petit département du centre de la France. Rencontre avec des gars du Gang et leurs potes.

Swan, Ronan et Erwann, trois potes musiciens, membres d’associations et de groupes présents un peu partout en Creuse. Entre projets individuels et collectifs, ils se rejoignent, se télescopent et participent à ce big bang musical qui fait bouger le département.

« Au premier abord, t’arrives en Creuse, tu te dis « ça va être long », concèdent Swan et Ronan. Mais dès que tu grattes un peu la surface, tu te retrouves embarqué tous les week-ends dans toutes sortes d’événements, et plus si affinité ».

Une terre de liberté et d’expérimentation

« La Creuse, c’est avant tout un territoire d’expérimentation », expliquent Ronan et Swan. Ce dernier a créé il y a dix ans Free Swap, une association de musique électronique. « Au début, on faisait des concerts dans la salle des fêtes de Châtelus-Malvaleix à vingt. Aujourd’hui, on arrive à être plus de 200 », raconte le DJ.

Faire des trucs déjantés, on a cette possibilité du fait qu’on est en Creuse, que rien n’est institutionnalisé

Pour les événements, une seule règle : pas de règle. Il y a quelque temps, le jeune musicien a organisé une soirée croisée – tellement mémorable qu’il en a perdu le souvenir – avec un DJ « d’un autre pays d’Europe ». Une performance retransmise en direct en Creuse, pendant qu’un DJ creusois était retransmis en direct là-bas. « C’était complètement dingue, on voyait les gens s’ambiancer sur notre son, pendant que nous on dansait sur le leur », rigole-t-il.

Je suis Creusois de naissance, mais j’ai habité longtemps Limoges. J’ai été super surpris en revenant il y a deux ans de voir à quel point Guéret était devenu une ville qui bouge, à des années-lumière de l’image de cité administrative que j’avais gardée.

Erwann, musicien, professeur et animateur d’ateliers musicaux

« C’est vrai qu’on est loin de tout, mais c’est ce qui fait qu’on est libre », poursuit Erwann. Et cette liberté donnerait des idées aux organisateurs des autres départements.

Radio Pays de Guéret est le trait d’union, la porte vers l’extérieur des assos musicales creusoises

Le trait d’union entre la Creuse et les départements limitrophes passe par les ondes de Radio Pays de Guéret. La station associative est membre d’un réseau réunissant une douzaine d’autres radios sur l’ex-région Limousin. Swan, Ronan et Erwann, avec d’autres, y animent des émissions totalement déjantées, comme MST, pour « Moment sensuellement transmissible ». La musique, toujours la musique, « on en profite pour teaser nos événements, parler création musicale de manière totalement libre ».

Une partition en lien social majeur

« La liberté et l’expérimentation, ce n’est pas une fin en soi », explique Swan. Sur ces terres, la musique est surtout une manière de recréer du lien social, de faire sortir et se rencontrer des gens.

Dans les grandes villes, tu as des bars punks, des bars rocks, des bars blues; ça rassemble des gens qui se ressemblent. Ici, le temps d’une soirée, on fait se rencontrer des gens qui n’auraient peut-être pas eu l’idée d’aller découvrir autre chose. Ça stimule leur curiosité.

Erwan

À l’image des festivals Metal Cultures et Urban Cultures, qui se suivent en mai, tous les fêtards de Guéret viennent découvrir autre chose, ensemble. À l’image aussi de la programmation poussée par le Gang, le groupement associatif des nuits guérétoises, qui propose à partir du printemps au moins un concert par semaine dans les bars de Guéret, avec souvent plusieurs affiches mêlant punk, chanson française, rock ou reggae.

Eric Correia, président de la communauté d’agglomération du Grand Guéret

« La musique est une chance pour notre territoire, savoure Eric Correia, président de la communauté d’agglomération du Grand Guéret. En tant qu’élu je m’appuie dessus et compte bien continuer à soutenir le Gang, la Guérétoise du spectacle et les autres. Mais en tant que citoyen aussi, je prends un plaisir immense à les suivre, ils font un travail remarquable. On a besoin de ça sur la Creuse, ça redonne des couleurs au pays et fait sortir les gens de chez eux. »

Au-delà de l’aspect festif, il y a des actions solidaires qui font sens et rapprochent les générations. C’est d’ailleurs ce que fait Erwann chaque mercredi, à Aubusson, où il anime des ateliers musique et chansons avec des personnes âgées. Avec son association le LAAB, il organise aussi des ateliers découverte et des sessions jam, entre autres, ouverts à tout public.

Terre du milieu

Si la Creuse est le « trou du cul (sic) » de la France, les assos de zikos ont su tirer la chasse pour faire glisser les fêtards de tout le pays dans le département.

On s’en est rendus compte sur des gros événements comme le festival Clandestino il y a deux ans, où 20.000 personnes de Marseille à Lille en passant par Paris ont fait le déplacement en Creuse. On a entendu de belles histoires, des potes habitant aux quatre coins de la France et qui ont réussi enfin à se retrouver ici.

Swan

Un potentiel d’attractivité « encore insoupçonné il y a quelques années », qu’exploitent à plein-temps les associations creusoises. Cet été 2019 promet d’être survolté, avec le festival Check in Party qui accueillera près de 20.000 personnes devant Foals, Patty Smith ou The Blaze. Ou encore l’An zéro sur le plateau de Millevaches, festival écologique qui table sur 50.000 festivaliers durant une semaine, sans oublier toutes les autres initiatives locales, à Auzance ou Mérinchal dans les Combrailles, Bénévent, etc.

Erwann et Ronan – Photo Jean-Claude Cee

Loin d’avoir le souffle court, les trois amis et les autres comptent bien continuer à faire bouger la Creuse, comme nulle part ailleurs, « en gardant cet esprit de liberté qui fait notre ADN ».

Avis aux teufers de France : c’est en Creuse que ça se passe!

Vianney Loriquet
Vianney Loriquet

journaliste chez @Le_Progres ex @lamontagne_fr
@_mazefr et @journal_inter – génération en Y


Cet article a été initialement publié sur le blog de l’ESJ Pro Montpellier.

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