Sur les plages, la vague de promeneurs menace les oiseaux

Le confinement a été bénéfique pour certaines espèces d’oiseaux, qui ont pu nicher sur les plages des côtes françaises. La police de l’environnement fait de la prévention active auprès des plagistes face au retour d’activités humaines.

La nature reprend ses droits. Cette phrase tant entendue pendant l’épidémie du Covid-19, n’est pas complètement fausse sur les plages de la côte ouest. À Grand-Village, sur l’île d’Oléron, pendant la phase de déconfinement, la police de l’environnement sensibilise les promeneurs, surfeurs et baigneurs.

Grâce à l’absence humaine pendant plusieurs semaines, les gravelots à collier interrompu, des oiseaux protégés, ont niché directement sur les plages — habituellement très fréquentées — de l’Estuaire de la Gironde jusqu’au sud de la Vendée. Un phénomène rare pour cette espèce qui privilégie généralement des lieux plus à l’écart pour nidifier, dans les dunes ou sur des plages non fréquentées.

Pour adopter les bons gestes, les agents du parc naturel marin préconisent de marcher ou de s’installer sur le sable dur, entre la laisse de mer et les dunes, ne pas ramasser de bois flotté et de tenir son chien en laisse. Photo Amandine Eynaudi

En temps normal, ils n’auraient jamais niché à cet endroit, si près des entrées de plage. C’est lié au confinement et à l’absence de toute activité humaine.

Ronan lucas, directeur délégué adjoint du parc naturel marin

Avec cette découverte en mars, l’Office français de la biodiversité (OFB) a mis en place ces opérations de sensibilisation. « C’est tellement exceptionnel que la présence de ces oiseaux a généré notre mobilisation », s’étonne Guillaume Rullin, chef départemental de l’OFB.

C’était notamment le motif de la venue de la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon le 18 mai dernier.

Première année de mobilisation

Créé en janvier 2020, l’OFB officie sous la tutelle du ministère de la Transition écologique et solidaire et du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Sur le territoire, les 1.800 inspecteurs de la police de l’environnement veillent au respect du vivant.

Si sur les côtes ouest, les agents, armés comme les forces de l’ordre, ne verbalisent pas les usagers, ils sont pourtant habilités à le faire. « Les gens sont réceptifs généralement et réagissent très bien aux recommandations qu’on leur donne. Ce sont souvent des amoureux de la nature qui veulent bien faire mais qui agissent par ignorance », relate Guillaume Rullin. Et d’ajouter : « Il faudrait avoir une présence vingt-quatre heure sur vingt-quatre sur toutes les zones pour être efficace ».

Le déconfinement, ennemi des oiseaux

Pour limiter les dégâts avec le retour de l’activité sur les plages et l’arrivée des touristes, l’OFB a délimité des enclos avec un espace de sécurité pour les œufs disséminés dans le sable. Leur nichage débute début avril jusqu’à fin juin. Le taux de réussite à la reproduction chez les gravelots est très faible dû à de nombreux prédateurs (renards, chiens et humains).

« Cette année est particulièrement propice à la nidification grâce à la laisse de mer et le bois flotté en grande quantité car il n’y a pas de nettoyage mécanique des plages », précise Amandine Eynaudi, cheffe de l’unité écosystème du parc marin.

« Nous avons un gros questionnement autour de ces enclos qui peuvent avoir l’effet inverse de ce que l’on imagine, c’est-à-dire d’attirer les promeneurs », note Guillaume Rullin. Le gravelot sait naturellement se protéger des prédateurs. Afin de les éloigner de ses progénitures, il fait semblant d’avoir l’aile cassée.

Pour l’année prochaine, les acteurs de la biodiversité du littoral mènent déjà une réflexion pour tenter de recréer, sur certaines zones de plages, les conditions optimales pour la nidification des gravelots — semblables à celles du confinement.

Julia Castaing
Julia Castaing

Journaliste au pays des chocolatines, @entendeznous, ex @lamontagne_fr @libe @lepharedere / formée à @esjpro / casse l’ambiance en soirée depuis 1995

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