En Auvergne, des jeunes européens créent un lieu collaboratif au plus près de la ruralité

Dans deux ans, des usagers de tiers-lieux, regroupant différents espaces collaboratifs, venus de toute l’Europe pourront travailler, main dans la main, avec les habitants du petit village de Manzat, niché au coeur des Combrailles dans le Puy-de-Dôme. Un projet gagnant-gagnant pour les étrangers, les locaux et l’ensemble du territoire. Depuis le début du confinement, les premières pierres du dessein se posent petit à petit.

Manzat, petite commune de quelques 1.400 âmes, située dans les hauteurs du département du Puy-de-Dôme. Tranquille. En apparence, seulement. Depuis le confinement, un projet d’envergure européenne se dessine : faire de la commune une terre de tiers-lieu et de résidence pour les étrangers européens. 

C’est quoi un tiers-lieu ? C’est un endroit d’expérimentation, de création et de mise en relation. Pour Philippe Bourdeau, la notion du sens collectif est primordiale. Pour la coopérative des tiers-lieux, il s’agit de lieux de travail où la créativité peut naître entre différents acteurs, où la flexibilité répond aux difficultés économiques du champ entrepreneurial. Un tiers-lieu peut être un Fablab, un coworking… (Médiapart)

A l’origine, un voyage en Erasmus

Ce projet à Manzat, sonne comme un retour aux sources pour son fondateur, Alexandre Rousselet. « Je suis un jeune du village qui a eu l’opportunité de faire Erasmus. J’ai vu des choses que je n’avais jamais vues chez moi comme des Fablabs, des co-working… » De retour en France, le jeune auvergnat n’a qu’une idée en tête : « Faire un programme d’échanges européen mais à destination des usagers de ces lieux collaboratifs, appelés « Makers » ».

Fablab : Contraction de l’anglais fabrication laboratory, « laboratoire de fabrication » est un type de tiers-lieu, ouvert au public, qui a à sa disposition un ensemble d’outils et de machines industrielles pour concevoir, réparer ou encore prototyper. Maker est le nom donné aux usagers de ces lieux.
Alexandre Rousselet (au centre), fondateur du projet et originaire de Manzat

En 2015, il crée donc l’association « Vulca European Program », organise des séminaires internationaux et s’envole pour de nombreux tours d’Europe afin de récolter de la documentation sur les espaces collaboratifs. En trois ans, le jeune Auvergnat traverse pas moins de 36 pays, pour plus de 350 tiers lieux visités. De retour chez lui, sur ses terres natales, l’idée est claire pour lui : « Créer dans mon village natal un tiers lieu incluant des résidences internationales. »

Construire un projet chez lui, en Auvergne

Avec pour envie, non pas seulement de recevoir, mais de faire vivre et travailler, dans le même village ces résidents étrangers et les habitants, dont la probabilité de se rencontrer avant était peu probable. « La communauté locale va identifier des problématiques sur le territoire : éducation, art et culture, innovation, agriculture. Puis, elle lancera des appels à projets pour que des « Makers » européens, voire internationaux, viennent travailler sur des points identifiés  en apportant leurs connaissances et savoir-faire, leurs maîtrise de la technologie et leurs expériences acquises dans leurs pays. »

« Sanucta » est le nom de l’ancien garage à vélo du village où se trouvera désormais le Fablab

Tout se déroule à deux pas du bourg. Dans l’ancien garage à vélo du village, encore marqué par l’inscription « Sanucta ». Le nom a été gardé pour héberger le projet associatif qui, lui, s’appelle « Makers des Montagnes ». Presque caché au milieu d’une rue pleine de maisons, seuls quelques anciens du village se souviennent aujourd’hui de ce lieu pour réparer les deux roues. Un beau clin d’œil qu’il soit repris pour être un lieu d’expérimentation et de réparation.

Dans cet ancien garage, Alexandre Rousselet a déjà pensé à tout : « Ce sera le tiers-lieu avec le Fablab où la communauté locale va pouvoir venir ». Un lieu déjà en marche, où l’imprimante 3D a déjà servi pour concevoir des petits objets en tout genre. Au dessus, l’étage, envahi actuellement par des cartons et une tonne d’outils sur les étagères, accueillera lui « l’espace bureau, de coworking« , précise-t-il. Juste en face, deux vieilles fermes trônent. Entre l’état d’abandon et les premiers jets de travaux réalisés, difficile de se projeter. Pourtant, quand elles seront rénovées, elles serviront de logement pour les Makers.

Si l’ancien garage prend doucement forme et abrite déjà quelques machines et outils installés sur les tables, tout reste à faire. L’association estime à deux ans la durée des travaux. Le temps de tout construire de A à Z. « L’objectif est qu’en 2022-2023, tous les jours, et pendant plusieurs mois, des promotions de six « Makers » européens vivent dans le village aux côtés des acteurs locaux en s’investissant dans leurs problématiques. »

Mélanger les générations, les locaux et les résidents internationaux

Une aubaine pour le maire de la petite commune, qui entame son deuxième mandat. « C’est la première fois que je vois un projet sous cette forme, confie José Da Silva. C’est dans un cadre associatif, qui mise sur l’entraide et n’exclut personne, je trouve que c’est une bonne démarche. » Et s’attend à de nombreuses retombées pour sa commune. A commencer par faire connaître Manzat « mais pas seulement. Le territoire en général », espère-t-il. Être une terre d’accueil « aura des impacts dans la vie quotidienne avec cette rencontre entre les générations et des personnes qui vivent d’une autre façon que nous. C’est mon but premier avec ce projet. Je suis également certain qu’il y aura un impact sur le logement et le commerce à Manzat. » 

L’objectif est de faire travailler ensemble les locaux et les résidents internationaux sur les problématiques du territoire

Un projet pour stopper la fuite des cerveaux…

Pour le maire, « les projets attirent les projets ». A terme, il espère éviter cette fuite « constante » des jeunes vers les grandes villes : la « fuite des cerveaux », bien connue en milieu rural. « Il faut leur donner envie de rester ici, c’est le but du projet », argumente José Da Silva.  

Si le projet n’en est qu’à ses débuts, il a déjà su séduire des jeunes du territoire. Corentin Blanc est étudiant ingénieur à Paris. Quand il a appris l’existence du projet, le jeune originaire de Beaumont (Puy-de-Dôme), à une quarantaine de kilomètres de Manzat, n’a eu aucun doute. « Je ne veux pas rester à Paris. A long terme je me vois bien revenir ici pour travailler avec des étrangers sur mes week-ends. » 

… Et refaire vivre les petits territoires

Freiner la désertification des zones rurales se trouve être le principal objectif du projet, porté par toute une équipe de Français, mais pas que, dont Thomas Sanz, vivant en Espagne, fait partie. « Personne ne travaille sur l’enjeu de la ruralité, ou très peu. On veut expérimenter la mobilité dans ce milieu-là. On veut créer du lien, développer des projets et réintégrer les territoires ruraux dans une dynamique. »  Tout ce projet, Thomas Sanz s’occupe de le documenter, avec l’outil « Vulca Experimenta ». « Avant ça, nous avions toute l’analyse de ce qui a été fait ailleurs, et nous allons continuer à suivre l’avancée du projet. » 

Pour l’heure, les bâtiments ressemblent à un immense espace en chantier. Les locaux ont déjà pu découvrir le lieu grâce à des portes ouvertes et un repair café pendant l’été. Plusieurs porteurs de ce projet européen ont d’ailleurs fait le déplacement jusqu’à la petite commune puydomoise au début du mois d’août pour apporter les premières pierres à l’édifice et penser la vision de cette future résidence européenne, en pleine ruralité. 

Marjorie Ansion  <br>(<em>photos Yves Charvis</em>)
Marjorie Ansion
(photos Yves Charvis)

Journaliste @EntendezNous/ @lamontagne_fr
@libe / bénévole @programvulca @fablabmoulins
@bougetoimoulins / du rap et de l’économie collaborative

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