En Cévennes, Marco ou l’appel de la vie sauvage

C’est dans une cabane perchée mais surtout bien cachée dans un vallon perdu au milieu du massif des Cévennes, que Marco décide de dire non. Non à ce qu’il dénonce comme l’uniformisation et la frénésie du monde moderne. Rencontre avec ce personnage, revenu à l’essentiel, la terre et l’échange, pour vivre en totale autonomie en pleine ruralité.

Allongé sur le dos, les jambes en l’air, un article du Monde dans les mains, Marco s’informe. Son sujet date d’il y a dix jours. La Californie est en feu et Christophe Castaner vient d’être élu à la tête des députés LREM. Des nouvelles pas très fraîches mais qu’importe. Le temps n’a que peu de prise sur ce sexagénaire. Il vit en quasi autarcie dans une cabane perchée au-dessus d’un ruisseau, perdue au milieu du massif des Cévennes.

Une forêt remplie de surprises

Cela fait trois ans que Marco habite sur le terrain d’un ami. Un autodidacte de la construction en bois ayant disséminé cabanes, ponts ou encore sculptures, sur sa propriété, une parcelle escarpée au cœur d’un vallon cévenol. Pour y accéder, il faut prendre une route goudronnée remontant une vallée, puis l’abandonner au détour d’un sentier plongeant vers la rivière. Une passerelle en bois, respectant l’architecture des plus solides ouvrages d’art permet de franchir le cours d’eau. Chaque lacet du sentier révèle une surprise. Un garage à vélos, un xylophone construit dans une souche d’arbre, un framboisier offrant ses fruits à portée de bouche de ceux osant s’inviter jusque-là. Des constructions qui ne sont que les prémices de ce que les mains de quelques personnes ont pu construire dans ce lieu reculé.

Un pont fait de bois et de cordes permet de passer le ruisseau pour atteindre le terrain où vit Marco. Photo Julia Castaing

Le sentier s’ouvre sur une prairie bordée par un ruisseau. Au milieu d’un immense potager, trône une cabane faite de bric et de broc. Elle offre tout le confort de ce qu’on pourrait appeler un « logement insolite ». Un évier, de la vaisselle, des tables, des chaises. Les filets au plafond font office de lit, comme un immense hamac collectif où chacun est invité à partager une sieste. Cette cahute n’est cependant pas le seul lieu de vie aux alentours. La forêt cache encore des surprises.

Le chemin traverse le potager et reprend de la hauteur. Arrivé au-dessus d’une cascade, il se sépare en deux. À gauche, chez Marco, seul locataire permanent des lieux.

Une vie en cabane

L’intérieur du coin salon, offrant une vue sur la canopée cévenole. Photo : Daniel Lauret

La cabane de Marco est construite à flanc de colline. Elle se divise en plusieurs étages et mêle bois, vitres, matériaux de récupération et terre cuite. Le sexagénaire est installé dans la partie qui lui sert de salon et de cuisine. Une large vitre offre une vue imprenable sur la canopée cévenole. Un matelas est posé à même le sol, un parquet en bois épousant la forme de l’arbre sur lequel la cabane tire ses racines. Il sirote une tisane infusée à l’eau du ruisseau en contrebas, qu’il fait chauffer sur sa gazinière. Au plafond, des ampoules sont alimentées par un panneau solaire et un poêle à bois, installé au centre de la pièce, l’aide à supporter les hivers rigoureux.

La cabane de Marco est construite sur plusieurs étages, à flanc de colline.

Les étagères débordent de vieux journaux et de livres. Marco les récupère dans des poubelles, les lit assidûment puis découpe quelques articles et les colle dans un carnet pour constituer une revue de presse. Il agrémente les papiers, photos, dessins de presse de quelques commentaires caustiques. « Je m’informe pour savoir comment ce monde de fou continue d’évoluer », explique-t-il, arborant fièrement sa carte officielle des cons d’Hara Kiri. « Cela me permet de savoir où en est la société, d’échanger avec les gens du village. Quand je ne voudrai plus suivre la fin du film j’arrêterai. »

L’autonomie vivrière comme philosophie

Marco est né en Suisse puis a été élevé à Paris, « par une mère chauffeuse de taxi qui adorait la capitale ». Lui a très vite su qu’il aspirait à autre chose. « Dès l’âge de 15 ans j’ai su que j’allais partir. » Il continue à vivoter en Île-de-France jusqu’à ses vingt ans, se faisant quelques sous grâce à la musique, notamment l’accordéon.  Il prend ensuite la direction de l’Ardèche, où il réside pendant 25 ans. Un peu grâce à la musique, beaucoup grâce à sa main verte. L’idée pour lui, vivre en autonomie vivrière. Il explique avoir été stimulé par les écrits de Jean Giono sur la nature et l’Homme. Dans son vallon encaissé des Cévennes, il cultive un large potager qui lui permet de se nourrir toute l’année. « J’ai toujours su que je voulais vivre comme ça. »

En plus de son activité de maraîchage, Marco réalise des massages shiatsu qu’il promeut tout l’été durant au marché du village le plus proche. Une activité annexe, « pour se faire trois sous. » Il reçoit également de temps en temps des wwoofers. Des personnes souhaitant s’immerger quelques jours ou semaines dans son quotidien au plus proche de la nature. Une fois par semaine, il se rend au village consulter sa boîte mail, afin d’étudier ses demandes de réservations.  Cette dernière, ainsi qu’un vieux téléphone portable, plus souvent éteint qu’allumé, sont ses seuls liens virtuels avec le monde extérieur.

Habillé de vieux godillots, d’un short trop large pour sa svelte musculature, ses longs cheveux blonds « coiffés » en arrière, Marco s’affaire. Deux fois par semaine, il se rend à la déchèterie du village avec des bénévoles afin de faire le tri dans les bennes. Tout ce qui est récupérable est donné à une association qui elle-même revend les objets à prix libre afin de leur donner une seconde vie. Marco, quant à lui, profite de ces moments pour récupérer palettes, planches et tout autre matériaux pouvant servir à agrémenter sa cabane ou son potager.

J’aime cultiver la terre, j’y trouve du sens.

Une vie simple, loin de la « frénésie auto-suicidaire de la société ». « J’ai trouvé un coin sympa où les gens sont tolérants. Je ne cherche pas à vivre différemment. J’aime cultiver la terre, j’y trouve du sens », expose-t-il, faisant référence au mouvement des sans-terre en Amérique du sud, un continent où il a vécu de nombreuses années avant de venir s’installer en Cévennes. «Ici ,j’ai de la terre et de l’eau, ce que des millions de personnes recherchent dans le monde. »

Antoine Jézéquel
Antoine Jézéquel

Journaliste. Passé par La Montagne et Midi Libre. Sudiste chauvin, l’ovalie en cathéter. @EntendezNous
– Montpellier

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