Après la pluie vient la galère dans les villages touchés par les épisodes cévenols

Coupure de réseau, manque de financements ou encore de personnels, les épisodes récurrents de pluies révèlent, dans les petites communes en Cévennes, de réelles disparités et une absence de moyens concrets pour faire face aux aléas de la météo et du quotidien. Entre colère et résignation, habitants comme élus ont choisi leur camp.

Dimanche 20 septembre, à Anduze aux portes des Cévennes. Le soleil pointe le bout de son nez à l’heure où les habitants se réveillent les pieds dans la boue. Quelques heures plus tôt, c’était le déluge : une crue de cinq mètres, un camion emporté par les eaux, des routes bloquées, deux personnes disparues. Munis de bottes et de pelles, les locaux s’activent en parallèle des pompiers et de la police présents dans toute la ville. Plus loin, devant la mairie, changement de décor. Costumes, caméras, micros et élus : le ministre de l’intérieur s’apprête à débarquer en grande pompe devant la presse locale et nationale. Un week-end hors norme, conséquence de l’épisode cévenol qui a touché l’ensemble du Sud-Est. 

Des communes coupées du monde plusieurs heures, voire jours

Le lendemain, une fois cet épisode orageux balayé dans le champ médiatique, le retour à la normale, s’avère très compliqué. Trop compliqué. Si à Anduze, ville d’environ 3.500 habitants, le réseau est de retour « rapidement », d’autres se retrouvent coupées du monde, plusieurs heures, voire jours.  À Moissac-Vallée-Française, la trentaine d’habitants du coeur du village a passé près de trois jours sans aucune trace de connexion possible, avec pour seule information le message « hors service » sur leurs appareils. « Pourtant vous voyez il y a l’antenne relais juste face ! », s’exaspère un habitant, habitué à passer « jusqu’à une semaine sans réseau ». 

Si les récurrents épisodes cévenols dévoilent au grand jour les problèmes de connexion dans ces petits villages, ils montrent aussi la détresse quotidienne pour bénéficier d’un réseau fonctionnel. « Dès qu’il y un orage, c’est plusieurs heures sans Internet », poursuit l’habitant de Moissac. Une dizaine de kilomètres plus loin, à Sainte-Croix-Vallée-Française, les locaux sont résignés. « En même temps, on n’est pas la ville », ironisent les clients d’un bar ouvert le lendemain des intempéries. Une autre habitante, Cathy Boles, sait « qu’il va falloir attendre plusieurs jours pour re télétravailler. Mais on a l’habitude, on fait autre chose en attendant et on récupère après. »

Des problèmes de sécurité

Cette situation pose des problèmes plus importants, comme celui de la sécurité, s’accordent Jean Hannart, maire de Sainte-Croix comptant près de 300 habitants et Patrick Vogt, maire de Moissac, d’environ 230 habitants (en comptabilisant les lieux-dits alentours). Tous deux tirent la sonnette d’alarme. « Quand toutes les lignes sont coupées plusieurs jours, en tant que maire, bien sûr qu’on est inquiet », s’agace Jean Hannart, expliquant que « depuis lundi les locaux doivent chercher les élus dans la commune pour constater les dégâts car il n’est pas possible d’appeler la mairie. » 

Des situations qui n’ont ni queue ni tête

Pour les petites communes, cette catastrophe tourne presque à la blague, faute de solutions. Ironie du sort, « pour faire des demandes de dossiers afin de remettre les lignes en place il faut appeler Orange… Mais comment on les contacte sans réseau ? », questionne Patrick Vogt, qui a dû « marcher dans la commune avec la secrétaire de mairie pour trouver un semblant de connexion ». Même schéma pour envoyer les dossiers de reconnaissance de catastrophes naturelles après les épisodes cévenols : « Il faut transmettre les papiers des dégâts à la préfecture… par mail », enchérit-il, le rire jaune, car dans sa mairie il a fallu compter plus d’une semaine après les intempéries pour rétablir la ligne.

Donc il faut attendre… dans les communes rurales il y a un sous-équipement des lignes et ça se paye.

Philippe Flayol, premier adjoint à la mairie de Moissac

La solution ? « La fibre », mise le maire de Moissac, en train de l’installer dans sa commune, espérant « que ça coupe moins et que ce soit plus fiable ». Plus remonté, le maire de Sainte-Croix en vient même à évoquer la possibilité d’installer un système « comme les marins, pour assurer la communication dans la commune en toutes circonstances afin de pallier l’incapacité des opérateurs privés ».

Manque de personnels

Au-delà du réseau, réparer les dégâts des pluies torrentielles tournent au casse tête. « Nous avons qu’un seul employé municipal à mi-temps, alors pour constater les dégâts, les élus municipaux doivent s’y mettre aussi », explique le maire de Moissac.

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Moissac, commune touchée par les épisodes cévenols. Photo Daniel Lauret

Un grand manque de moyens financiers

Un problème de longue date, comme l’explique l’ancien maire de cette commune, Pierre Fesquet, qui se souvient bien des délais, plus qu’importants, lors des intempéries de 2002. « Par manque de moyens financiers et parce-que l’on ne pouvait pas se permettre de tout miser sur la voirie dans la répartition du budget, il a fallu attendre cinq années, jusqu’en 2007 pour que l’entièreté des dégâts soient réparée, c’est énorme, trop énorme », regrette-t-il. 

Autant de problèmes mis en exergue lors des épisodes cévenols mais qui touchent « globalement toutes les petites communes de notre taille », analyse l’adjoint de Moissac,  Philippe Flayol. Pour ces villages, il ne leur reste plus qu’à miser sur leur bonne étoile, pour « que les prochains épisodes cévenols attendus soient moins importants et qu’il y ait moins de dégâts », espère, sans trop y croire, le maire de Sainte-Croix.

Marjorie Ansion
Marjorie Ansion

Journaliste @EntendezNous / passée par @lamontagne_fr
@libe / bénévole @programvulca @fablabmoulins @bougetoimoulins / du rap et de l’économie collaborative

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