Il y a 40 ans, le village de Plogoff luttait victorieusement contre un projet de centrale nucléaire

Une femme fait face à un garde mobile lors d’une manifestation contre l’enquête publique relative au projet de construction d’une centrale nucléaire à Plogoff. Photo publiée avec l’aimable autorisation de Jean Moalic.

Le 3 juin 1981, le gouvernement Mauroy raye Plogoff, dans le Finistère, de la carte des projets de construction de centrales nucléaires. Un des plus fervents militants contre ce projet, Jean Moalic (1), a retracé pour Entendez-Nous la mobilisation exceptionnelle des habitants de ce village à la fin des années 1970. Retour sur un des moments fondateurs de l’écologie politique en France.

« La Bretagne historique n’a pas de centrale nucléaire », rappelle Jean Moalic, militant antinucléaire historique. Aucune des 18 centrales nucléaires en activité, pour 56 réacteurs (2) que compte aujourd’hui la France n’est en effet située dans la région administrative de Bretagne, ni dans le département voisin de Loire-Atlantique.

« Le combat d’Astérix contre la légion de César »

Cette virginité est le fruit de multiples luttes, dont celle de Plogoff, que le militant antinucléaire de la première heure résume en « combat d’Astérix contre la légion de César ». À l’image du célèbre village gaulois imaginé par le scénariste René Goscinny et le dessinateur Albert Uderzo, la cité finistérienne va résister aux assauts répétés du gouvernement de l’époque.

Tout commence en mars 1974, lorsque Pierre Messmer, alors Premier ministre, annonce un programme de construction de centrales nucléaires pour assurer l’autonomie énergétique de la France, marquée par le premier choc pétrolier. Des rumeurs commencent à courir dans l’été : la Bretagne pourrait être concernée. « C’était fait pour tâter le terrain, les élus », estime Jean Moalic, à peine âgé de 21 ans cette année-là, mais « déjà intéressé par tout ce qui est écologie ». Membre de l’association Nature et Progrès, il assiste au congrès de l’association en novembre, lors de laquelle « des personnes du côté d’Erdeven » disent avoir entendu parler d’un projet. « En rentrant de ce congrès, ils ont commencé à rassembler diverses personnes, se remémore-t-il. Si bien que dès que l’annonce a été officielle – enfin officielle entre guillemets, parce que ça a été annoncé dans la presse – ils ont commencé la constitution d’un comité régional d’information nucléaire (Crin) ».

Ses membres organisent plusieurs réunions et la plus importante a lieu à Lorient, fin 1974. Elle est enregistrée en audio par le gardien de la réserve ornithologique du Cap Sizun, Jean-Louis Brave. Début 1975, une réunion d’information est organisée à Pont-Croix pour retransmettre cette conférence. A son évocation, Jean Moalic en rigole encore.

« C’est la réunion la plus étrange qu’on puisse organiser ! Une table, deux personnes derrière – Monsieur et Madame Brave, le gardien de la réserve (ornithologique du Cap Sizun) et son épouse -, avec un magnétophone à bande. Qui passent, pendant une heure et demie, une conférence qui a eu lieu à Lorient. Et près de 300 personnes qui écoutent religieusement une conférence enregistrée ! »

À la fin de la conférence, Jean Moalic s’enhardit et, « comme un diable sortant de sa boîte », se dirige vers la table pour proposer un débat. Une personne principalement lui porte la contradiction. Un inspecteur d’académie à la retraite, qui se trouve être aussi un ami de ses parents. Après le tout premier débat de sa vie, le jeune homme rentre furieux à la maison. Pourtant, le lendemain, son contradicteur de la veille demande à le voir. Le jeune militant accepte et c’est ainsi, selon lui, qu’a été lancé le Crin du Cap Sizun. Des réunions publiques vont par la suite être organisées dans toutes les communes du coin, à une exception notable. « À l’époque, l’Île de Sein était encore très gaulliste et il se trouve que le député de la circonscription était RPR et donc très légitimiste. Il s’est révélé être la personne qui poussait le projet. Alors, on s’est dit : pas la peine de perdre notre temps à aller à l’Île de Sein, on connaît leurs opinions politiques. »

Jean Moalic, militant antinucléaire, chez lui dans le Finistère

Pour rallier de plus en plus d’habitants à leur cause, et la financer – « c’est le nerf de la guerre », confirme Jean Moalic – les militants antinucléaires organisent plusieurs rassemblements festifs. « À Pâques 1975, à Erdeven, il y a eu une fête avec 15.000 personnes. Et le 13 juillet 1975, on a organisé la première fête à la baie des Trépassés, à Plogoff. Il y avait 5, 6.000 personnes. On avait fait venir Dominique Lalanne, qui travaille pour l’Ican (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, en français) aujourd’hui. On avait également un aspect festif pour marquer le coup : on avait organisé un défilé de chars. C’était une fête importée à Plogoff, parce qu’ici, ça ne bougeait pas. Ils nous regardaient comme des farfelus, des jeunes. Même si le conseil municipal de la commune avait dit non dès le 1er avril 1975, il y avait plutôt un attentisme alors que du côté d’Erdeven, ça a été un mouvement important dès le départ avec les paysans, les pêcheurs, etc. Ce qui fait que le site a été écarté très rapidement. Au bout d’un an, ils avaient gagné partie. »

Ce n’était pas faute pour Jean Moalic et d’autres membres du Crin du Cap Sizun de s’investir. « On était présents tous les samedis au marché d’Audierne, le marché le plus important de la région, assure-t-il. On avait une table, des panneaux, sur les dangers du nucléaire, l’aspect chaîne alimentaire et tout l’aspect économique. Au début, il n’y avait pratiquement personne autour de nous. Et au fil des semaines, on voyait des personnes qui se rapprochaient et qui commençaient à discuter. Ça s’est révélé payant. Après, on a même organisé des réunions d’appartement, ou plutôt de maisons, parce qu’ici, des appartements, il n’y en a pas beaucoup. »

Fin 1975, le Crin du Cap Sizun se transforme en association appelée « Evit buhez ar C’hab » en breton, « Pour la vie du Cap ».

« Le groupe qu’on avait constitué ne voulait pas se contenter d’être opposé à la centrale nucléaire à Plogoff. On s’est dit : c’est beaucoup plus large. On était des militants écologistes avant tout. Et il se trouve qu’en 1976, il y a eu une sécheresse importante. Dès l’hiver, on s’est aperçu qu’il y avait des problèmes d’eau dans la région. » 

La prise de conscience des habitants du Cap Sizun sur l’imminence d’un projet nucléaire intervient cette même année. « Il y a eu un déclic en 1976 lors de l’annonce de sondages géologiques sur le site, note Jean Moalic. En fait, la plupart se disait “ce sera pas chez nous”. » En juin, le Parti socialiste participe à la création d’un Comité de défense de Plogoff avec à sa tête le maire de la commune Jean-Marie Kerloc’h. « Il y avait une volonté de garder la maîtrise de la lutte, estime-t-il. Ce comité décide de barrer les routes pour empêcher l’accès au site pour les sondages. Et donc nous, à Evit buhez ar C’hab, on décide d’aller sur place et de participer au barrage. Au début, il y a une forme de réticence vis-à-vis des “étrangers” qui viennent à Plogoff, qui a une mentalité d’îlien. Même par rapport à nous qui venions de Pont-Croix… Finalement, l’État renonce à faire des sondages. Dans l’année qui suit, Plogoff croit avoir gagné et on parle davantage de Ploumoguer. »

Prémices de l’écologie politique

En 1977, les manifestations contre les projets gouvernementaux se multiplient. « Il y a eu Malville (Creys-Malville), la manif contre le surgénérateur (le projet de centrale nucléaire de Superphénix), le Larzac (rassemblement contre l’extension d’un camp militaire) où j’ai été, liste Jean Moalic. Puis à ce moment-là démarre un mouvement d’écologie politique pour les élections législatives de mars 1978. À Evit buhez ar C’hab, une bonne partie des gens décident de participer à ça. Et là, il y a scission des personnes qui étaient plus proches de la gauche, du Parti communiste, du PSU, le Parti socialiste unifié…L’écologie politique ne paraissait pas claire à l’époque. C’était pas droite / gauche. Elle ne se prononçait pas. Nous ce qu’on disait, c’était “que ce soit la gauche ou la droite, ils sont pour le nucléaire”. On (Evit buhez ar C’hab) se met presque en veille. »  En 1978, Jean Moalic se présente en tant que candidat écologiste aux élections sur la circonscription de Douarnenez. « On fait un peu plus de 3%. Mais après coup, ça s’est révélé important parce qu’on était allé sur les terres des politiques, notamment du PS. »

Pendant l’été, les militants antinucléaires organisent une fête de l’alternative à Pont-Croix. « Puis arrive le fameux mois de septembre 78 où allait se décider le choix du site. On pensait que c’était Ploumoguer qui allait emporter le morceau, mais là-bas, il y a eu tout un travail souterrain des élus de droite qui ne voulaient absolument pas de centrale nucléaire. Parce qu’ils savaient que la population là-bas était totalement opposée, notamment les paysans. Et le site prévu pour la centrale à Ploumoguer est exploité par des paysans. Alors qu’à Plogoff, il y avait un phénomène de déprise agricole. Le député de la circonscription avait le bras suffisamment long pour repousser au sud le projet de centrale. Plogoff découvre finalement que c’est elle qui est choisie. » Aux mois de septembre et novembre, le Conseil économique et social de Bretagne et le conseil général du Finistère se prononcent pour l’implantation d’une centrale nucléaire à Plogoff. La décision a le don de provoquer quelques manifestations, mais aussi de donner de nouvelles idées aux opposants au projet de centrale nucléaire.

« A ce moment-là, à Evit buhez ar C’hab, on avait proposé un groupement foncier agricole (GFA), à l’imitation de ce qu’avait fait le Larzac pour empêcher l’armée. À Ploumoguer, ils l’avaient déjà fait. On a donc créé le groupement foncier agricole de Plogoff. Des choses qui étaient impossibles avant, qui ne bougeaient pas d’un pouce, d’un coup, avec l’urgence, ça s’est fait. »

En 1979, ce même groupement foncier agricole décide de la construction d’une bergerie à Plogoff. La première pierre est déposée. « Le but, c’était de rassembler des gens pour un but positif, qu’il n’y ait pas que des manifs. » Construite par des militants, des pêcheurs et des retraités de Plogoff, la bergerie est inaugurée fin août. « Ça n’avait pas la qualité de la bergerie cathédrale qui avait été construite au Larzac quelques années auparavant, à La Blaquière », juge Jean Moalic. Mais l’essentiel est alors d’occuper le terrain.

Ce qui vaut d’ailleurs aux antinucléaires un premier procès, en janvier 1980. Les gérants du GFA sont poursuivis pour construction illégale de bergerie. « Le procès a lieu à Quimper, situe le militant. On savait qu’il allait y avoir une astreinte pour la destruction de la bergerie. Ils pouvaient vider la caisse. Au cours des discussions, quelqu’un a trouvé une astuce : “si on donnait la bergerie à la commune de Plogoff ? Ça nous ferait éviter l’astreinte, parce que le juge ne va quand même pas faire payer des astreintes à une mairie ?” On se renseigne auprès de juristes et on apprend que toute délibération doit être approuvée par le préfet. Si ce n’est pas signé par lui, les décisions ne peuvent pas s’appliquer…Sauf pour les donations. Là on s’est dit : c’est gagné. Mais il fallait obtenir l’assentiment du maire. Je suis allé chez lui et j’ai dit : “le seul moyen d’éviter l’astreinte, c’est que la mairie accepte le don de la bergerie”. Oh là, y’a eu un blanc…» Le maire se trouvait de fait au pied du mur, surtout compte tenu de certains événements passés, sur lesquels Jean Moalic prend le temps de revenir.

« En novembre de l’année précédente, au cours d’une réunion où il y avait un journaliste, le maire avait dit “la centrale va arriver, on n’y peut plus rien”… Vous imaginez le lendemain dans la presse où est écrit que le maire a viré sa cuti ? Il y a eu manif devant son domicile par le comité de défense dont il était président ! L’édile s’est fait traiter de traître. Je crois qu’il n’a pas pris la mesure qu’il y avait un journaliste dans la salle, avec qui il avait de bonnes relations, mais qui a fait son job. Vous imaginez la panique ? Parce qu’on avait appuyé notre stratégie sur le fait qu’il fallait absolument que le maire soit toujours contre. C’était vraiment la clé de voûte de la lutte. S’il lâchait, on était perdus ! C’est ce qui s’était passé ailleurs. » L’association a tenu une réunion de crise et a fait promettre au maire de s’engager. Ce qu’il a fait quelques mois plus tard.

« Finalement, il y a eu une réunion extraordinaire du conseil municipal, qui a accepté le don de la bergerie. Le procès a lieu, les deux gérants ont été condamnés, mais pas de possibilité d’astreinte parce que la propriété a changé de main. C’est un moment très intense qui rassemble les gens. »

« La messe de 5 heures »

Fin janvier 1980, arrive enfin l’enquête d’utilité publique, sorte de « climax » de la lutte. Avant même qu’elle ne commence, le maire de Plogoff, Jean-Marie Kerloc’h, avait publiquement annoncé qu’il refuserait de la recevoir dans les locaux de la mairie. « Le dossier avait été brûlé avant l’enquête, comme on la refusait et qu’on disait que c’était une enquête mascarade, rappelle Jean Moalic. Parce qu’on a vu qu’ailleurs, à Flamanville par exemple, les militants nous avaient dit “n’acceptez pas l’enquête parce que nous, ils ont commencé les travaux avant !” Au Pellerin, en Loire-Atlantique, il s’est passé la même chose en 1977 : il y avait eu des enquêtes dans des mairies annexes. Parce que les mairies étaient fermées. » Et comme au Pellerin, l’État va trouver un moyen original de pallier ce problème, en utilisant des camionnettes, des J7 Peugeot, pour faire office de mairies annexes. « Il fallait faire l’enquête, c’est l’astuce, l’habillage démocratique qui a été trouvé. »

Pour empêcher cette « mascarade démocratique », les militants commencent par barrer les routes. Carcasses de voiture, vieilles batteuses, câbles… Ils utilisent tout ce qui leur tombe sous la main. « On savait que les gardes mobiles étaient à Pont-Croix, dans un ancien séminaire fermé en 1972, se remémore Jean Moalic. Il a été réquisitionné. Beaucoup de gens étaient passés par ce séminaire, y avaient fait leurs études, même s’ils ne sont pas devenus prêtres. Donc ça a fait du “reuz” comme on dit en breton (du bruit, en français). Des gens de droite se sont dit “c’est pas possible quand même”. Ça a augmenté l’opposition à la centrale (nucléaire). C’était ce qu’on appelle une erreur psychologique majeure. En plus, des Allemands avaient été en caserne dans le séminaire pendant la guerre (la Seconde Guerre mondiale). Pour certaines vieilles personnes, ça a été “Les Allemands sont de retour”. Je caricature, mais c’était ça. »

Pendant tout le temps qu’a duré l’enquête s’est institué une sorte de rituel : « la messe de 5 heures (17 heures) ». « Quand les gendarmes mobiles partaient, des manifestants se rassemblaient. Au fil des jours, l’emblème pour harceler les gardes mobiles, c’était le lance-pierre. Comme à Plogoff, il y avait beaucoup de femmes dont le mari était marin de commerce ou de marin d’État, elles harcelaient les gardes mobiles toute la journée. Ça pouvait être sympathique, mais ça pouvait aussi être du harcèlement, des mots crus. Dès qu’ils allaient pisser, vous imaginez ce qu’elles pouvaient dire ! »

Dans ce conflit, inévitablement, il y a eu des arrestations.

« Il fallait casser la mobilisation. Des procès ont eu lieu à Quimper qui ont eu un impact médiatique important. Il y avait des manifs sur place, des actions tous les jours, des ordures déversées à l’emplacement des mairies annexes. »

Mais ni les arrestations ni les procès n’ont permis à l’État de mieux maîtriser les événements. « Ce qui est apparu, c’est que les antinucléaires avaient la maîtrise du terrain, assure Jean Moalic. Mais il fallait doser, car ça pouvait déraper. Une fois, il y a eu un dérapage : un garde mobile qui a choisi un soir d’aller dans un dancing à Pont-Croix, alors qu’on leur demandait de rester à la caserne. Il a été repéré par des militants et conduit à la Pointe du raz où on l’a déshabillé et on lui a dit “c’est ta dernière cigarette”. Ces trois personnes ont été interpellées après. C’est des choses qui peuvent se produire dans des contextes aussi intenses. Il ne faut pas déborder parce qu’on perd le soutien d’une majorité qui est contre la centrale, mais qui au moindre dérapage, peut retourner chez elle. C’est un dosage…subtil. Quand on est responsable d’une lutte, ce n’est pas facile à vivre. »

Comme les militants antinucléaires s’y attendaient, à la fin de l’enquête publique, à la mi-mars, les commissaires donnent un avis favorable au projet. Par la suite, la mobilisation n’a pas faibli et il y a eu des réunions publiques un peu partout. « Des gens de Plogoff étaient appelés dans toute la France pour animer des meetings, raconte Jean Moalic. Moi, je suis allé à Clermont-Ferrand, à Bordeaux, à Nantes. On était appelés par des groupes anti-nucléaires ou des comités Plogoff. À l’occasion de l’enquête publique, des Clin (Landerneau, Brest, Quimper) se sont formés et après des comités Plogoff, à l’image des comités Larzac. »

La carte Mitterrand

Alors que Plogoff semblait ne pouvoir échapper à l’ambition nucléaire du gouvernement, une solution politique a fini par se dessiner, à l’occasion de l’élection présidentielle de 1981. « Paul Quilès, directeur de campagne de Mitterrand est venu pendant la campagne, relate encore Jean Moalic. Il n’était pas contre le nucléaire, mais était favorable à une inflexion. La maire de Plogoff – parce qu’entre-temps, Jean-Marie Kerloc’h avait cédé sa place à sa première adjointe (Amélie Kerloc’h, disparue en 2016) – a rencontré Mitterrand avant le meeting de Brest (le 9 avril 1981). Elle m’a raconté comment ça s’est passé. Mitterrand essayait de biaiser et puis elle lui a dit : “M. Mitterrand, je vous pose une question, est-ce que vous êtes pour ou contre la construction de la centrale nucléaire à Plogoff ?” Elle a répété deux ou trois fois la question et il a été obligé de répondre. Il a dit : « Plogoff ne fait pas partie et ne fera pas partie de mon programme nucléaire. »

Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand se retrouvent au second tour de l’élection présidentielle. »

« On joue à fond la carte Mitterrand, au point d’acheter une page de pub pour appeler à voter Mitterrand dans le Matin de Paris, qui était un journal proche du PS, qui appartenait à Claude Perdriel, l’actuel patron de l’Obs. On a voulu acheter une page dans Le Monde mais on n’a pas pu le faire pour des questions d’argent. »

Le 10 mai 1981, le résultat de l’élection présidentielle tombe. « Mitterrand est élu, vous imaginez la fête ? Moi, j’étais assez dubitatif, connaissant l’oiseau. Je me dis : “c’est pas gagné”. Et effectivement, ce n’était pas gagné. Au 1er conseil des ministres, il décide de geler le projet. Là, on s’est dit : on va se faire avoir. » Mais la bonne nouvelle pour les militants antinucléaires est annoncée à l’issue du deuxième Conseil des ministres du gouvernement Mauroy, le 3 juin 1981 : le projet de construction de centrale nucléaire à Plogoff est définitivement abandonné, en même temps, comme un symbole, que celui d’extension du camp militaire du Larzac.

Aujourd’hui âgé de 68 ans, Jean Moalic, pourtant vainqueur, avec la majeure partie des habitants de Plogoff, d’un combat qui pouvait être considéré à l’époque comme perdu d’avance, se montre pessimiste sur l’écologie : « On a perdu 40 ans, estime-t-il tout en serrant ses deux poings. J’ai un sentiment de gâchis profond […] Je finis par croire que l’espèce humaine ne peut modifier son comportement qu’en cas de crise. »

(1) Cet article est issu d’une interview réalisée en juin 2020.

(2) Depuis l’arrêt des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim en février et juin 2020.

Daniel Lauret
Daniel Lauret

Journaliste @montagne_creuse team @entendeznous
formé par @esjpro, passé par @lejdc_fr @lamontagne_fr
et @sudouest. @om_officiel dans le sang

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